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ABDOULAYE MBAYE PEKH SE CONFIE : «Un jour, se sentant trahi et lâché par des proches, Wade m’a appelé par téléphoné et m’a dit…»
khady ndoye | Jeudi 4 Octobre 2012

ABDOULAYE MBAYE PEKH SE CONFIE : «Un jour, se sentant trahi et lâché par des proches, Wade m’a appelé par téléphoné et m’a dit…»
Qui est Abdoulaye Mbaye Pekh
«Abdoulaye Mbaye Pekh est un communicateur traditionnel, talibé de Serigne Touba, qui passe tout son temps à éviter le mal et à prôner le bien. Je n’ai pas fait l’école française, ni coranique. J’ai été formé dans la pure tradition des griots. Mon père était un jockey et je ne connais que le cheval. J’ai passé une enfance calme. Je suis né à Pekh Tall dans la région de Louga. C’est un village Ceddo très agité à l’époque, mais je n’ai jamais bu, ni fumé de la cigarette de ma vie. Je respecte les cinq prières quotidiennes. Vous pouvez demander aux habitants de Pekh et à mes proches parents, ils vous confirmeront ce que je viens de vous dire. Je rends grâce à Dieu qui m’a orienté vers cette voie».

Rôle et fonction du communicateur traditionnel
«Le terme communicateur traditionnel est aujourd’hui galvaudé. Car, quand on parle de communicateur traditionnel, on pense aussitôt au griot qui chante les louanges d’une personne de classe supérieure. Alors que la fonction première d’un communicateur traditionnel est d’éduquer et d’unir les populations. A chaque fois qu’il y a un conflit entre des couches de la société ou même des personnes d’une même famille ou de camps opposés, les communicateurs traditionnels doivent prendre leur bâton de pèlerin afin que la paix revienne. Un vrai griot communicateur
ne demande jamais de l’argent à son ‘Geer’. Il y a des techniques de communication dans les yeux qui permettent de savoir est-ce que celui à qui je m’adresse en ce moment en public a de l’argent dans sa poche, pour qu’il ne soit pas humilié. Mais aujourd’hui, c’est tout à fait le contraire qu’on voit. Je rends hommage à mes aînés comme Hadj Mansour qui savent ce dont je parle. Je vais d’ailleurs vous faire une confidence : le reste de ma vie, je ne ferai que jouer des médiations pour unir des personnes en conflit, prêcher le bien et éviter le mal. Car,
c’est ça le rôle d’un communicateur traditionnel. Grâce à Serigne Abdou Khadre qui a fait de moi ce que je suis aujourd’hui, je récuse toutes formes de violences. Nous avons plus de notoriété que les ministres et les députés. Youssou Ndour est un griot de par sa mère, aujourd’hui il est ministre, mais c’est son statut de griot-chanteur qui a fait de lui ce qu’il est actuellement. Donc, je demande à tous ceux qui se réclament de nous, de connaître leur vraie valeur».

Politique
«C’est mon statut de communicateur traditionnel qui m’a conduit à la politique. J’ai connu le Parti socialiste, et le Pds. Et contrairement à ce que pensent beaucoup de gens, je n’avais pas certaines relations avec le président Wade. C’est vrai que je l’ai connu et approché et que c’est un homme posé et très gentil qui m’a soutenu à l’époque. Mais Wade est mon président et il est un ami que je ne lâcherai pour rien au monde. Les gens se demandent pourquoi je suis resté au Pds après le départ de Wade du pouvoir. Surtout que des gens de Macky Sall me courtisent
depuis leur arrivée au pouvoir. Mais je reste avec Wade parce qu’il m’a tellement soutenu que je ne pense jamais quitter son parti pour soutenir un autre. Tanor Dieng aussi je l’ai connu, mais je ne lui ai jamais donné le nom de mon fils. Tous les homonymes de mes fils sont issus de la famille de Serigne Touba, excepté le dernier-né que j’ai appelé Abdoulaye Wade Mbaye. Il est né à New York. Je l’ai fait afin qu’il puisse être courageux et travailleur comme l’ancien chef de l’Etat».

Les derniers instants de Wade au pouvoir
«De ma vie, je n’ai jamais vu un homme aussi courageux et optimiste que le président Wade. Il a vite accepté le second tour, malgré les avis contraires de ses proches. Au second tour, après une semaine de campagne, il savait qu’il était au crépuscule de son règne, mais il a continué à battre campagne. Un jour, se sentant trahi et lâché par des proches, Wade m’a appelé par téléphone et m’a dit qu’il a donné beaucoup d’argent à une personne qui vient de le lâcher. Puis, il m’a instruit l’ordre d’aller récupérer l’argent parce qu’il m’en faisait cadeau. Mais j’ai
refusé. C’est pour vous certifier que Wade a bien travaillé, mais qu’il a été mal encadré en un moment donné. D’ailleurs, quiconque refuse d’emprunter ces infrastructures risque de ne pas bien circuler dans Dakar. Il avait une capacité extraordinaire de réflexion. C’est un homme politique hors pair qui sait franchir des obstacles sans se blesser. J’ai connu Macky Sall sous l’ombre de Wade et je vous dis aujourd’hui qu’ils se comprennent. Ils n’ont aucune divergence. Macky le considère comme son père et ne l’attaque jamais frontalement. Je me résume en
disant que j’ai choisi Wade pour son appartenance à la communauté mouride et à la famille de Khadimou Rassoul. J’ai dit un jour ici à Touba que ceux qui ne veulent pas que je parle de Wade n’ont qu’à retenir leur micro».

Retrouvailles de la grande famille libérale
«Depuis la chute de Wade, chaque jour, j’oeuvre pour les retrouvailles de la grande famille libérale. C’est très possible. Macky et ceux qui ont créé avec lui l’Alliance pour la République sont des fils de Wade. Il vaut mieux être avec les siens que de pactiser avec les concurrents et ennemis d’hier qui cherchent le pouvoir et font tout pour te mettre hors du Palais. Je suis convaincu que Macky Sall regroupera la famille libérale autour de sa personne avant la fin de son mandat. Cela lui permettra de consolider son pouvoir et d’aspirer à un second mandat. Le président
Wade nous avait tous réunis pour nous dire de laisser Macky Sall travailler en toute quiétude et que dans cinq ans, le peuple jugera. Et depuis lors, vous voyez que le pays est stable. Macky gouverne, le Pds s’oppose, mais de manière civilisée».

Gestion des inondations et conseils au chef de l’Etat
«Les inondations constituent une catastrophe naturelle émanant de Dieu, le Tout Puissant. Il ne faut pas qu’on l’impute à un régime. Je demande aux populations de rendre grâce à Dieu et de faire preuve de patience. Mais je conseille surtout au chef de l’Etat de faire preuve de courage en délocalisant les zones inondables. Si par peur il laisse les populations dans les zones marécageuses, ça va se retourner contre lui, à l’heure du bilan. Il faut d’autres sites à l’intérieur du pays, non loin de Dakar et Touba. Macky est sur la bonne voie, mais un chef d’Etat doit
être intrépide, il doit ériger une ligne à ne pas franchir. Un peuple, on peut l’écouter, mais on ne doit pas se soumettre à toutes ses exigences. S’il laisse le peuple gouverner, il fera cinq ans sans rien faire. Il faut savoir manier le bâton et la carotte. Les reculades répétées face à la pression populaire le déstabilisent et le décrédibilisent sans qu’il le sache».

La lutte et ses problèmes
«La lutte est plongée dans les problèmes. Si les acteurs ne se ressaisissent pas, s’en est fini de la lutte, elle va perdre sa notoriété. Les prometteurs et le Cng ont des intérêts divergents. Et à l’heure actuelle personne n’est préoccupée par le devenir de la lutte. Chaque entité tire la ficelle de son côté. J’ai commencé par la lutte à l’époque, il n'y avait pas ces tiraillements. Les reporters étaient des gens qui connaissaient la lutte, c’étaient Moustapha Ndiaye, Abdoulaye Nar Samb, entre autres. Aujourd’hui, la recherche effrénée du profit par des sponsors
l’emporte sur le caractère traditionnel et culturel de la lutte qui reste notre sport national. La violence y est devenue la règle et tous ses facteurs réunis font que les amateurs doivent prendre leur responsabilité. On ne peut pas imaginer une arène sans spectateurs. Si les amateurs restent chez eux un certain temps en guise de protestation, c’est sûr que le Cng, les lutteurs et les promoteurs vont trouver une solution».

Les courses hippiques en voie de disparition
«Pour ce qui est des courses hippiques, c’est mon sport favori. Car j’ai le cheval dans le sang. Je fus un jockey et tout le village de Pekh sait que mon père fut un grand turfiste qui faisait danser les chevaux. C’est mon premier métier. Mais c’est regrettable aujourd’hui de voir que ce sport est en voie de disparition. Les champs de courses disparaissent petit à petit. Il n’y en a plus dans la région de Diourbel. Hormis Dakar, Thiès et parfois Kébémer, on n’assiste pas à des compétitions à l’intérieur du pays. Et c’est ce qui faisait le charme des courses hippiques dans les années 70 et 80. Nous interpellons le président Macky Sall pour la réalisation de deux projets chers à Wade. Il s’agit de l’arène nationale de lutte et de l’hippodrome national».

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